Roger Gambin : Huiles
 
 
Roger Gambin

Huiles

2 octobre au 11 novembre 2016


Quelque chose de l'arbre encore et partout.

Les allers-retours du regard ramènent de chaque voyage de nouveaux butins. Ici, un tronc est fendu. Ici encore, dans le filet des échos que se font l'œil et l'image, une silhouette d'homme dont la présence est d'ombre et de charbon.

Ton récit corné est-il un pense-bête qui garde en suspens le dos d'un geste, son silence? Ne pas te poser la question, tu me la retournerais.

Ton travail me garde au point exact où le balancier maintient l'équilibre, empêchant la bascule dans la cage d'une certitude.

Je m'approche de ce point d'interrogation muet qui n'appelle de réponse que plurielle. Je m'approche de la voix, du souffle d'un peintre, mû en rythme et en ponctuation visuelle. Les pièces du jeu, les motifs me sont familiers, mais la lecture appelle la grammaire de mon in-saisi.

Et le contraire vaut aussi. Une lecture littérale des motifs et de leur disposition sont les paroles d'un aveu élémentaire. Après avoir refusé de t'en débarrasser, tu re-sèmes, pour nous, le trouble. Tu disposes une dissonance, une fêlure dans l'accord de la fable, aussi vraie que la vie nous en fait rencontrer sur ses quais ou dans ses jardins.

Ces deux-là au lointain, pareils à des cyprès sous la laine de mouton du ciel : gra- phie élémentaire de la rencontre et de la séparation ? Dans l'indétermination du terme ou de l'origine, on ne sait le destin de leur immobilité. Avancent-ils l'un vers l'autre ou franchissent-ils à reculons un seuil invisible fait de temps ?

Ta narration immobile nous met en mouvement. Où est-ce, chez toi ? Dans les solutions de non-continuité de tes triptyques ? C'est un banc propice à la halte où tu déposes constats et confessions.

Je regarde tes peintures et mon propre habitat bée, comme un habit distendu. Parfois je m'insurge contre une expropriation mais, incluse dans la traversée de ton arène, cet inconfort m'ouvre un territoire bien plus vaste, par-delà les villes, la société des hommes et l'Histoire qui jalonnent ton chemin. Le pays intérieur. Des particules pleines de verbes travaillent tes huiles, tes encres, tes charbons. Tu es à bien des endroits de l'être.

Roger Gambin

Huiles

Exposition : du 2 october au 11 novembre 2016

Galerie ELA, Cafétéria des Bâtiments EL , ELA 010

Curatrice : Homeira Sunderland

Information : astie.epfl.ch ou 021 693 28 23

Text: Delphine Horst


Last modification : 9h52, vendredi le 27 avril, 2018