ASTIE
 
 
Olivier Cuendet

RECURRENT

Acrylique sur carton

01 mars au 12 avril 2016


Chef d'orchestre, compositeur, improvisateur et peintre, Olivier Cuendet tisse des liens entre l'interprétation et la création. Olivier Cuendet est diplômé en orgue et direction d'orchestre. Etudes à Juilliard School, New-York et en Italie. Dirige un peu partout. En 2006 il fonde l'ensemBle baBel qui revisite le répertoire de Vivaldi à Madonna en mêlant improvisation, collages et compositions originales. Il compose et orchestre de nombreuses pièces et mêle la peinture à son activité de musicien.

Fragments d'interview :

HS : Pourriez-vous d'abord vous présenter à nos lecteurs?

OC : Chef d'orchestre, la création est ma vraie passion, en musique ou dans les arts plastiques. J'ai souvent écrit pour des ensembles avec lesquels je partais en tournée, j'ai aussi réalisé des orchestrations ou des « reworkings » d'œuvres musicales déjà existantes. En peinture j'ai exposé dans plusieurs galeries. Je cherche des ponts entre la musique - qui se déroule dans un temps déterminé - et la peinture qui existe hors du temps; à chaque fois je dois réinventer quelque chose.

HS : Comment définiriez-vous votre art et votre façon de travailler ?

OC : Je ne fais pas une grande différence entre mon travail musical et pictural. Le médium, le geste et le rapport au temps changent radicalement, mais le fond est le même: communiquer, construire une forme, faire apparaître des tensions, relier deux sons, deux points, donner vie et chair à des images intérieures. En tant que musicien, à partir de la partition, je cherche à remonter le chemin emprunté par le compositeur pour essayer de retrouver l'idée première et en restituer une image sonore aussi juste que possible.

Comme compositeur, improvisateur ou peintre, je fais le chemin inverse ; partant d'une idée, je cherche à la transformer en signes à travers un médium musical ou plastique. N'ayant pas fait d'études spécifiques en art plastique, je n'ai pas les mêmes présupposés et fonctionnement « professionnels » qu'en musique et suis donc peut-être plus libre.

HS : Où et comment trouvez-vous votre inspiration ?

OC : Un point de départ important pour moi, en musique ou peinture, c'est le lieu concerné, l'architecture, l'acoustique, la lumière, le contexte... Pour l'exposition à l'ELA, la question pour moi était d'abord comment exposer dans ce lieu où les contraintes sont particulières : les gens viennent là pour faire une pause, manger, travailler et non pas pour regarder des tableaux; la proximité de ceux-ci qui contraint à les accrocher trop haut pour éviter que quelqu'un les touche. J'avais une série peinte et dessinée au printemps passé, prête à être exposée, mais cela ne jouait pas du tout, trop fragile, trop intime, impensable dans ce lieu !

Je buvais une tasse de thé et mangeais un cœur de France vendu à la cafétéria tout en regardant ce lieu fréquenté par de futurs techniciens, le regard rivé à leurs ordinateurs... que faire ? J'étais convaincu qu'il fallait trouver une solution différente pour ce lieu.

Encouragé par une amie - subtile et stimulante complice de cette aventure - j'ai fait un choix simple et radical qui m'a forcé à recommencer tout et a guidé ce projet : utiliser un medium et des outils très communs et prendre comme sujet ce que j'avais sous les yeux : ce cœur de France dans mon assiette et les balais que je voyais dans un coin, cachés derrière un rideau. J'ai donc troqué mes pinceaux pour des brosses à récurer, mes couleurs Sennelier pour de la peinture industrielle et la toile de lin pour des cartons d'emballage trouvés dans la rue. Divine surprise, ce fut un plaisir immédiat, une stimulation étonnante, le moyen de secouer mon travail et de trouver de nouvelles pistes et l'énergie de la découverte !

HS : Quels sont aujourd'hui vos buts et vos attentes concernant votre art?

OC : J'ai souvent cherché des points communs entre certains de mes auteurs favoris - par exemple en musique Anton Webern et György Kurtág, en peinture Henri Matisse, Cy Twombly ou Gerhard Richter - et une des réponses que je trouve c'est une tendance à la simplicité, l'art de dire beaucoup avec une économie de moyen radicale. Alors voilà un de mes buts : arriver à approcher cette simplicité de moyens, dire plus avec moins, être radical sans ennuyer !

Olivier Cuendet

RECURRENT

Acrylique sur carton

Exposition : du 1er mars au 12 avril 2016

Galerie ELA, Cafétéria des Bâtiments EL , ELA 010

Curatrice : Homeira Sunderland

Information : astie.epfl.ch ou 021 693 28 23

Last modification : 10h00, vendredi le 27 avril, 2018